100 râteaux

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100 râteaux

On doit sûrement trouver une citation qui dit qu'on apprend de ses échecs. Une autre qui dit que l'on n'obtient que ce que l'on veut vraiment.
Nick Hornby - High Fidelity
Chris Waitts - A Complete History of My Sexual Failures

  • A.

    Peut-être est-un excès d’orgueil de sa part. Ou une simple erreur d’interprétation. Toujours est-il que ma proposition de la voir dans la capitale européenne où elle habitait s’est transformé dans son esprit en proposition beaucoup plus audacieuse d’envahir son lit.

    Toujours est-il que la proposition n’a jamais eu de réponse. Qu’elle a trouvé demie-chaussure à son pied sur place. Et que je n’ai toujours pas vu la-dite capitale.

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  • P.

    Je la rencontre en province, lors d’une réunion politique. Le dernier jour, je lui offre de boire un café avant la montée dans le train. Ce qu’elle accepte. 

    Quelques jours plus tard, je lui propose de boire un verre à la Fourmi. Ce qu’elle accepte. Vers 19 heures. On discute plutôt longtemps jusque vers 21 heures. Et puis “Bon, j’ai des amis à rejoindre, je te laisse là, bonne soirée.”

    Quelques jours plus tard, je l’invite à une réunion politique, et à un dîner avant. Ce qu’elle accepte. À la-dite réunion, on n’est pas très bien accueillis. Alors on s’en va. “Je vais prendre le bus.” J’attend le bus en sa compagnie. Le bus arrive. Elle se tourne vers moi. “Tu fais quoi ?” avec sa tête légèrement penchée. “Ben, je pense que je vais rentrer à pied en passant par la Butte.” Et je la laisse monter dans le bus.

    Quelques jours plus tard, je propose d’aller au cinéma. Ce qu’elle n’acceptera pas. 

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  • E.

    Alors, depuis que je t’ai enfin vue dans la vraie vie (dvv) avec tes amies jeudi soir, j’ai acquis la certitude que tu n’étais pas une blague ou un vieux monsieur pervers qui se touche derrière son ordinateur. (…)

    Donc tu n’es pas un faux profil créé exprès par un quelconque Frankenstein informatique qui voudrait se jouer de moi. Tout ceci est un brin paranoïaque. (…)

    Hélas, cette rencontre ne fut pas bien longue (même très courte) et même si je mesure la folle chance que ma main a eu de danser une demie-minute avec ton amie, et la même que j’ai eu de discuter avec toi, je te propose un chocolat chaud un de ces jours quand tu veux (je dis chocolat chaud comme ça, aucune obligation, mais le vent réveille mes envies de chocolat chaud).

    Freaky.

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  • Z.

    La veille d’un second tour, une jeune fille rafraîchissante qui part en voyage lointain pendant un an. Les débuts de Facebook, on s’ajoute, on s’envoie des messages sur nos murs. Un an plus tard, Facebook a maintenu un lien superficiel et virtuel, j’envoie un message. La honte s’abat sur moi quand je me relis. Morceaux choisis.

    De ton souhait d’arrêter totalement un Facebook quasi-bigbrotherien jusqu’aux îles magnifiques auprès lesquelles Mademoiselle voyage en voilier, j’étais régulièrement tenu au courant par mon news feed et peut-être toi aussi l’as-tu fait. (…) J’ai encore la tête dans ces photos du jardin d’Eden ou tu déambulais et où tu semblais tellement à ta place. (…) Je souhaiterais donc que cela ne nous empêche pas de nous revoir. (…) J’attends donc l’heure et le lieu de notre rendez-vous. (…) Keep in touch, as you may now say…

    Sa réponse fut moins longue. “Quelles envolées lyriques ! (…) Je crois que le récit devra être reporté à plus tard.” Il n’a jamais eu lieu. Et je garde en moi un goût pour les messages freaky.

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  • L.

    Aller la voir dans une pièce de théâtre où elle montre ses seins.

    Poser des affiches anti-pub dans le métro et se faire courser par les agents de sécurité à Réaumur.

    La raccompagner chez elle pour terminer dans son canapé. Lui écrire “à bien vite” dans un mot sur la table de la cuisine en partant le lendemain matin.

    Récupérer un baby-sitting d’enfants pour lui faire plaisir.

    La suivre dans une soirée dans tout Paris. La regarder danser, lui offrir à boire. L’accompagner dans le métro. Lui glisser une lettre dans le sac. Une lettre qui raconte tout. Une lettre avec des grosses tâches d’encre à cause de la pluie de la veille, quand a été écrite la lettre.

    La revoir le lendemain à la gare avant de partir pour lui donner du pain de mie et lui rendre des livres. 

    Ne jamais lui reparler de la lettre.

    Ne jamais lui reparler.

    Notes

  • L.

    “Dans le nom de la fille dont je suis amoureux, il y a cinq lettres…” Proposer un jeu pour avouer à une fille son intérêt, c’est une des méthodes originales qui me sont chères. Chez Tolstoï, ça fonctionne pourtant bien. Mais pas pour moi. 

    - Julie ?

    - Quelqu’un d’autre, Julie est pas du tout à mon goût.

    - Attends, tu parles de moi ?

    - Oui, voilà. À demain.

    Le meilleur moyen d’éviter le râteau reste de ne rien proposer. Le lendemain, elle me demande pourquoi je n’ai fait que lui avouer un nom et pourquoi je ne lui ai pas proposé de “sortir avec moi”. Elle sort avec Vincent à l’époque, ça me semble plutôt clair. Elle écrit partout 20-100. C’est légèrement ridicule.

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  • L.

    Une réponse claire et honnête. Un refus massif. Avec des arguments plutôt sensés. Un ancien amour toujours trop présent. Une relation avec un meilleur ami. Quelle autres excuses pour m’éviter ? Ce sont les meilleures.

    Et la micro-drague n’a plus lieu d’être, les ambiguïtés sont levées.

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  • C.

    La vie est ce qu’elle est. Presque un an plus tard, une nouvelle obsession que je confie à une amie de l’époque. “Arrête de lui parler, tu lui fais du mal.” lui glisse-t-elle. Ce qui vaut une heure d’explication devant un chocolat chaud. 

    “Je viens de me séparer, j’aime beaucoup passer du temps avec toi, tu comprends donc que c’est impossible.”

    D’accord.

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  • F.

    “Rien ne peut être possible entre nous.” La réponse est plutôt claire sur la fenêtre de chat. Je lui ai avoué juste avant que je la kiffais grave comme disent les jeunes. Elle fait mine de ne pas s’en être rendu compte. 

    La veille, on a passé la nuit dans les bras l’un de l’autre. Et l’avant-veille aussi. Et dans la rue, elle m’avait pris la main. Tout ça, ce n’est que de la “tendresse amicale” dont nous avions “tous les deux besoin.”

    “Rien ne peut être possible entre nous.” La phrase prend tout son sens lorsque, alors que la neige tombe, je suis nu au-dessus d’elle. Elle m’avait d’ailleurs annoncé qu’il se passerait quelque chose. “Tu dors chez moi. Si j’arrive à me retenir samedi, après tu es tranquille, j’ai mes règles.” Les jours suivant, elle a effectivement ses règles et il ne se passe effectivement plus rien.

    Plus jamais rien. Un mois plus tard, alors que je l’attends pour quelques jours chez moi et que je ne l’ai pas revue depuis, elle m’explique qu’elle ne vient finalement pas. Et que je me fais des idées. Et que dès le début elle m’avait dit que rien ne serait possible entre nous.

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  • C.

    “Je suis désolée, je ne peux pas, et cette fois, je ne fais même pas exprès.” Ou comment, alors qu’elle essaie d’être aimable, elle s’emmêle. Elle est toujours gentille. Pour séduire, s’entourer. Elle aguiche un brin. Et elle est gentille pour t’expliquer que oui, mais en fait non. 

    En fait, j’aurais du me contenter de la première réponse à une proposition. “Je suis malade, je ne peux pas demain. Un autre jour ?” a-t-elle expliqué dans un rébus plutôt mignon. Ce que j’aurais du traduire “Non” et laisser courir.

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